Si vous cherchez du folklore « carte postale » avec des sourires forcés pour les touristes, vous n’êtes pas au bon endroit.
En Sardaigne, la tradition est une affaire sérieuse. C’est le ciment de la communauté.
Ici, les fêtes ne sont pas des spectacles. Ce sont des rituels.
Certains font peur (les masques noirs de la Barbagia), d’autres sont d’une élégance royale (la Sartiglia), d’autres sont d’une ferveur religieuse absolue (Sant’Efisio).
Vivre une fête traditionnelle sarde, c’est remonter le temps, bien avant le christianisme, à une époque où l’homme craignait la nature et vénérait les saisons.
Voici les 4 traditions majeures à voir au moins une fois dans sa vie.
1. Le Carnaval « Barbare » : Mamuthones et Issohadores
Oubliez Venise. En Sardaigne, le Carnaval est tragique, sombre et terrien. Il célèbre la mort de l’hiver et la fertilité de la terre.
- Où ? À Mamoiada (Barbagia), au cœur des montagnes.
- Les Mamuthones : Ce sont des hommes vêtus de peaux de mouton noir, le visage caché par un masque de bois noir aux traits souffrants. Ils portent 30 kg de cloches (carriga) sur le dos. Ils avancent en cadence, sautant tous ensemble. Le bruit est assourdissant et hypnotique.
- Les Issohadores : Habillés en rouge et blanc, ils dirigent le cortège et « attrapent » les spectateurs (surtout les femmes) avec des lassos (soha). C’est un signe de bonne fortune.
- Quand ? Le 17 janvier (Sant’Antonio) et pendant le Mardi Gras.
2. La Sartiglia d’Oristano : L’Élégance Médiévale
Changement de décor radical. Ici, on est dans la noblesse, les chevaux et l’héritage espagnol.
- C’est quoi ? Une course à l’étoile. Des cavaliers masqués (visage androgyne blanc, sans expression) galopent à toute vitesse pour transpercer une étoile d’argent suspendue avec leur épée.
- Le moment fort : L’habillage de « Su Componidori » (le chef de la course). Il ne doit plus toucher terre une fois habillé. Il devient un demi-dieu le temps de la fête.
- Quand ? Le dernier dimanche et le mardi de Carnaval, à Oristano.
3. La Fête de Sant’Efisio : La Plus Grande Procession
C’est l’événement qui rassemble toute l’île.
- Le contexte : En 1656, Cagliari a promis au Saint de le fêter s’il arrêtait la peste. Il l’a fait. Depuis, chaque année, on tient parole.
- Le spectacle : Le 1er mai, des milliers de personnes défilent à Cagliari.
- Pourquoi y aller ? Pour voir TOUS les costumes de Sardaigne en un seul jour. Chaque village envoie ses représentants avec leurs bijoux en or, leurs broderies et leurs chars décorés (« Traccas »). Ils marchent sur un tapis de pétales de roses (Sa Ramadura). L’odeur est inoubliable.
4. Le Canto a Tenore : La Voix de la Terre
Ce n’est pas juste de la musique, c’est l’âme des bergers. Classé au Patrimoine Immatériel de l’UNESCO.
- Le concept : Quatre hommes chantent en cercle, serrés les uns contre les autres.
- Un soliste (Boghe) chante le poème.
- Trois autres font des sons gutturaux rythmiques qui imitent les bruits de la nature : le vent (Bassu), le bêlement de la brebis (Contra) et la vache (Mesu Boghe).
- L’expérience : Écoutez-les dans un bar de village ou lors d’une fête. C’est puissant, archaïque et ça prend aux tripes.
5. S’Ardia de Sedilo : La Foi Sauvage
C’est la fête la plus dangereuse et la plus intense.
- Le scénario : Une course de chevaux effrénée autour d’un sanctuaire, en l’honneur de San Costantino (l’empereur Constantin).
- L’ambiance : Il y a de la poussière, des cris, des coups de fusil (à blanc) et une ferveur religieuse qui frise la transe. Ce n’est pas du folklore pour touristes, c’est une décharge d’adrénaline pure.
- Quand ? Les 6 et 7 juillet à Sedilo.
Le Conseil « Respect » de Luciano
Attention, quand vous assistez à ces événements :
- Silence : Quand un groupe de Tenores chante, on se tait. C’est un moment sacré, même dans un bar.
- Ne touchez pas : Ne touchez pas les masques des Mamuthones ou les chevaux de la Sartiglia sans invitation.
- Les Dates : Ces fêtes suivent le calendrier religieux, pas le calendrier touristique. Elles ont lieu même s’il pleut, même s’il n’y a personne. C’est pour eux qu’ils le font, pas pour nous. Et c’est ça qui est beau.
Conclusion
La Sardaigne moderne a des voitures et internet, mais dès qu’elle enfile son costume traditionnel, le temps s’arrête.
Ces traditions nous rappellent qu’ils appartiennent à une terre dure, ancienne et fière.
Si vous avez la chance de voir un Mamuthone passer devant vous, vous ne l’oublierez jamais.
Prêt à explorer davantage ?